La personnalité de V. Medinsky, reflet de l’objectif de V. Poutine concernant les négociations avec l’Ukraine

La personnalité de V. Medinsky, reflet de l’objectif de V. Poutine concernant les négociations avec l’Ukraine

En ralentissant les négociations avec l’Ukraine, la Russie ne les abandonne pas pour autant, car elle s’efforce d’atteindre son objectif. Il convient donc, entre autres, de prêter attention à celui qui dirige la délégation russe, V. Medinsky. Personnalité respectée en la matière, il convient parfaitement à V. Poutine pour atteindre certains objectifs du processus de négociation. D’ailleurs, le chef du Kremlin a délibérément nommé V. Medinsky à la tête de la délégation russe, compte tenu de sa biographie et de sa vaste expérience en propagande et en activités politiques. Il s’y ajoute des opinions chauvines tenaces, sans lesquelles aucun Russe ne pourrait gagner la confiance du président. Cependant, V. Medinsky ne peut, à première vue, donner l’impression d’être une personne influente. En réalité, il n’est qu’un pion sur l’échiquier politique de Poutine et il est même associé à la corruption et à la criminalité.

Le fait que la Russie fasse traîner les négociations de paix et tente d’utiliser les rencontres officielles avec l’Ukraine pour servir ses intérêts politiques et ceux de propagande est perceptible même sans « loupe géopolitique ». Il suffit d’observer la manière dont la Russie affiche son objectif stratégique : la destruction de l’Ukraine en tant qu’État indépendant. C’est ainsi que l’on peut interpréter le contenu des exigences russes envers l’Ukraine, ainsi que les déclarations, discours et actions des membres de la délégation russe aux négociations. Les « souhaits » bien connus de Moscou concernant l’Ukraine ressemblent en réalité à des ultimatums. Ils se passent même de commentaires. Quant aux déclarations ou discours des Russes eux-mêmes… Leur analyse détermine précisément l’objectif actuel de la Russie.

Ainsi, le Kremlin tente d’intimider l’Ukraine et, dans ce contexte, de la contraindre à accepter les conditions posées par la Russie pour mettre fin à la guerre. Les membres de la délégation russe susmentionnée promettent que l’Ukraine perdra beaucoup plus de territoires si elle refuse de céder ceux sur lesquels Moscou empiète. On en est arrivé au point où les négociateurs russes avertissent cyniquement que les proches des membres de notre délégation pourraient mourir au front. Et lorsque ces menaces, disent-ils, se sont avérées inefficaces, les représentants russes ont commencé à affirmer qu’une frappe de missiles sur l’Ukraine avec le soi-disant « Orechnik » était possible. Ils affirment que les Russes ordinaires l’exigent déjà, mais que le Kremlin n’est pas encore tout à fait prêt à un tel acte.

Une autre intention des hommes de main du Kremlin est d’humilier l’Ukraine et de démontrer ainsi leur « supériorité ». C’est pourquoi des personnes secondaires ont été incluses dans la délégation russe, qui n’ont aucun droit de prendre les décisions importantes. Certes, en Russie, personne n’a de tels droits, hormis Vladimir Poutine lui-même. Néanmoins, leur comportement est provocateur. En général, les Russes se comportent toujours ainsi jusqu’à ce qu’ils reçoivent une réponse valable. Comme ce fut le cas, par exemple, lors de l’opération « Toile d’araignée » du SBU, au cours de laquelle un nombre considérable d’avions stratégiques russes ont été détruits… Le Kremlin tente également d’imposer un récit sur « l’entrée historique de l’Ukraine dans le monde russe ». Par conséquent, disent-ils, l’Ukraine ne peut être indépendante et autonome. Et si on lui permet quoi que ce soit, c’est de rester au sein de la Russie. Par conséquent, la guerre contre l’Ukraine ne relève que des affaires intérieures de la Fédération de Russie, et l’Occident n’a donc aucune raison de s’en mêler. De plus, Russes et Ukrainiens sont des peuples prétendument frères, artificiellement divisés et désormais, artificiellement, dressés l’un contre l’autre par les nazis ukrainiens, avec le soutien de l’Europe et des États-Unis. Quant à Moscou, dans le cadre de telles approches, il tente de convaincre les Ukrainiens de l’inutilité de toute résistance supplémentaire à la Russie et de les contraindre ainsi à capituler. Parallèlement, le Kremlin espère pouvoir dissuader l’Occident de soutenir davantage l’Ukraine, notamment avec l’aide de Donald Trump, à qui la position russe sur l’Ukraine semble juste.

Comme on peut le constater, Moscou ne renonce pas à poursuivre les négociations avec l’Ukraine, ni aux objectifs susmentionnés. Les préparatifs sont actuellement en cours pour la troisième réunion technique des deux délégations, au cours de laquelle les propositions de trêve des parties devraient être discutées. La date de cette réunion n’est pas encore connue, mais d’une manière ou d’une autre, les délégations se rencontreront. Nous y retrouverons à nouveau des représentants russes, et une fois encore, ils ne seront pas désignés au hasard, mais en fonction des intérêts de Moscou, et ils seront probablement dirigés par V. Medinsky. Comment faire autrement ? Lui, comme personne, répond parfaitement à tous les critères du Kremlin ! Pour cela, il suffit de feuilleter sa biographie et d’observer ses actions à toutes les étapes de sa vie.

Medinsky est né en 1970 à Smela, dans la région de Tcherkassy, en Ukraine, au sein d’une famille de militaire. Au début des années 1980, cette famille a été transférée à Moscou. Il peut donc être considéré comme un Ukrainien de souche, arrivé très jeune en Russie et l’ayant reconnue comme sa seconde patrie. De ce fait, V. Medinsky incarne « l’unité de la Russie et de l’Ukraine », pleinement conforme aux orientations idéologiques de Moscou. De plus, selon ces estimations probables, l’origine ukrainienne de V. Medinsky devrait être perçue positivement par l’Ukraine et la délégation ukrainienne, ce qui influencera l’accomplissement de certaines tâches.

Vladimir Medinsky / photo MGIMO / Source : https://24tv.ua/

Ce chef de la délégation russe aux négociations avec l’Ukraine possède une formation humanitaire : il est diplômé de l’Institut d’État des relations internationales de Moscou en 1992, avec une spécialisation en journalisme international. Parallèlement, il a effectué un stage comme attaché de presse adjoint à l’ambassade d’URSS (plus tard de Russie). Le Kremlin estime que l’Ukraine et le monde doivent le considérer comme un partisan de solutions pacifiques, et non militaires, aux problèmes des relations russo-ukrainiennes. Parallèlement, il possède une conscience démocratique et des opinions occidentales qui se sont forgées, ou auraient pu se forger, lors du « dégel » en URSS et en Russie, ainsi que lors de son séjour aux États-Unis, où il a étudié et travaillé dès son plus jeune âge.

Après ses études, V. Medinsky et ses camarades de classe ont ouvert une agence de publicité et de relations publiques, la «Corporation ˝Ya˝ », qu’il a dirigée. En 1996, l’agence était au bord de l’effondrement suite à la faillite de grands clients de la pyramide financière. Il a cependant réussi à se maintenir à flot, combinant avec succès ses activités commerciales et scientifiques au sein du même MGIMO. Il a ensuite poursuivi ses études supérieures et, à partir de 1994, il a commencé à enseigner au même institut. En 1999, V. Medinsky a soutenu sa thèse et obtenu son doctorat en sciences politiques. Nous en reparlerons plus tard, et nous reviendrons maintenant sur sa biographie.

En 1998, un tournant décisif s’est produit dans la vie de V. Medinsky. Il a rejoint la fonction publique et il est devenu conseiller du directeur du Service fédéral de police fiscale de Russie, S. Almazov, sur les questions d’image. Il a ensuite dirigé le Département de la politique d’information du ministère des Impôts et des Droits de douane. Cependant, cette activité a été à court terme. Dès 1999, il dirigeait le travail avec les médias régionaux au siège électoral du bloc « Patrie – Toute la Russie » lors des élections à la Douma d’État de la IIIe législature. Il y est arrivé sous le patronage du ministre susmentionné, G. Boos, qui s’est également lancé en politique.

Au début des années 2000, V. Medinsky était membre du conseil central de l’organisation politique panrusse « Patrie » («Otetchestvo»). Après la nomination de G. Boos au poste de vice-président de la Douma d’État, il est devenu son conseiller jusqu’en 2002. En décembre 2001, V. Medinsky a rejoint le parti «Unité et Patrie-Russie Unie», futur parti au pouvoir. Il y a siégé au conseil central du parti, présidé son comité exécutif de la capitale de 2002 à 2004 et dirigé le siège électoral à Moscou en 2003. En 2004-2005, il a été vice-président de la Commission électorale centrale de Russie unie. Élu à la Douma d’État sur la liste fédérale du parti, il a été député à la Douma d’État lors des quatrième et cinquième législatures de 2004 à 2011 et membre du Bureau du Conseil suprême du parti.

Parallèlement, V. Medinsky a également rejoint les activités de propagande et de culture. En 2010, il a été intégré à la Commission de lutte contre les tentatives de falsification de l’histoire au détriment des intérêts de la Russie. Durant ses deux années d’existence, la commission a activement combattu le mythe de «Holodomor» (Famine) et justifié la politique de Staline. Dès 2011, il a rejoint le conseil d’administration de la fondation « Monde russe », qui s’est engagée à promouvoir la politique culturelle et celle de la propagande de Poutine à l’étranger. La même année, il a dirigé la commission de la culture de la Douma.

Grâce à cela, il a acquis une vaste expérience de la propagande et des activités du parti, ainsi que… de l’art de l’intrigue, une qualité essentielle pour un négociateur, sans parler du chef d’un groupe de négociation. De plus, son titre de docteur en sciences politiques et son statut d’ancien député à la Douma d’État de la Fédération de Russie et de haut fonctionnaire du parti au pouvoir actuel, « Russie unie », lui confèrent un certain prestige. Personnalité instruite et influente, il est parfaitement au fait des affaires politiques.

Poutine et Medinsky / Photo : médias russes. Source : https://24tv.ua/

En 2012, V. Medinsky a franchi une nouvelle étape dans ses activités, ce qui a eu un impact positif sur sa carrière. Il est devenu un homme de confiance du chef du gouvernement par intérim et candidat à la présidence de la Fédération de Russie, V. Poutine. Il a ainsi intégré son cercle intime. Après élection de V. Poutine à la présidence de la Fédération de Russie, il a été nommé Ministre de la Culture. À ce poste, D. Medinsky a transformé le ministère de la Culture en un instrument ouvertement agressif de propagande d’État des idées du « monde russe », utilisant la politique culturelle et historique pour renforcer la dictature du régime de l’époque. Il a également laissé son propre « héritage culturel » sous la forme d’une série d’ouvrages ouvertement chauvins et déformant les faits de manière tendancieuse. Pourtant, selon de nombreux analystes russes, ces ouvrages ont été écrits par une équipe d’auteurs aux frais du ministère de la Culture. Ces hypothèses sont confirmées par sa thèse, caractérisée par du plagiat. Dès 2017, le Conseil d’experts de la Commission supérieure d’attestation de l’Académie des sciences de Russie a examiné la thèse et recommandé la révocation du doctorat en sciences historiques de l’auteur. Cependant, la directrice du ministère russe de l’Éducation de l’époque, E. Vasilyeva, a refusé de mettre en œuvre cette recommandation.

Le travail de V. Medinsky en tant que ministre de la Culture de la Fédération de Russie a pleinement satisfait le président, ce qui lui a valu de nombreuses distinctions. Cependant, en 2020, V. Poutine a été contraint de changer de gouvernement, conséquence d’un fort déclin de l’autorité des institutions du pouvoir dû aux conséquences négatives de l’épidémie de COVID-19. V. Medinsky a démissionné avec l’ensemble du gouvernement. Mais le président n’a pas l’intention d’abandonner l’ancien ministre à son sort et l’a nommé conseiller. Cette nomination confirme une fois de plus la confiance de V. Poutine en lui, raison pour laquelle il est resté dans le cercle restreint du président. Il l’a donc nommé chef de la délégation et, de fait, son représentant dans les négociations avec l’Ukraine. Cependant, il n’est pas considéré comme une figure clé de la direction de la Fédération de Russie et relève donc de la catégorie des personnes faiblement représentées dans les négociations.

Medinsky et le cinéma / Photo des médias russes. Source : https://24tv.ua/

Toute cette « texture » caractérise V. Medinsky comme un représentant typique du régime de Vladimir Poutine. Il convient toutefois d’ajouter une autre question. Ou plutôt, se poser la question : serait-il devenu ainsi s’il n’avait pas été étroitement intégré à son système corrompu et criminel ? On raconte que V. Medinsky a été impliqué dans le crime dès sa jeunesse, alors qu’il dirigeait une agence de publicité. La plupart de ses clients, d’une manière ou d’une autre, étaient impliqués dans le crime organisé ou en étaient directement issus. Outre des sociétés pyramidales financières comme MMM, ils comptaient parmi eux des représentants des industries du jeu et du tabac. Par la suite, il a défendu leurs intérêts à la Douma d’État russe. En tant que ministre de la Culture de la Fédération de Russie, il a dû faire face à des activités criminelles et de corruption. Ainsi, le Bureau du Procureur général de la Fédération de Russie a adressé à plusieurs reprises des avertissements à V. Medinsky concernant des violations constatées au sein du ministère de la Culture. En 2013, lors d’une inspection du parquet, il a été établi que les responsables du ministère n’avaient pas pris de mesures pour défendre les intérêts de l’État dans le domaine cinématographique. Autrement dit, ils avaient détourné des fonds budgétaires. Bien sûr, cela n’aurait pas pu se produire sans que le ministre en soit informé, mais cela est resté sans conséquence pour lui.

En 2016, des employés du parquet ont révélé que le ministère de la Culture avait créé les conditions propices à l’exportation illégale de biens culturels à l’étranger. Ainsi, des fonctionnaires du ministère, y compris de haut rang, ont fermé les yeux sur les abus d’experts qui sous-estimaient le coût des œuvres d’art de plusieurs centaines de fois. Comme l’a établi le parquet, V. Medinsky les a dissimulés et a perçu une part des recettes illégales. Et encore une fois, comme le disent les Russes, « comme l’eau sur le dos d’un canard ».

La même année, le FSB a ouvert une enquête pénale contre des employés du ministère de la Culture de la Fédération de Russie et des entrepreneurs pour vol de fonds publics destinés à la restauration de sites du patrimoine culturel fédéral. À la suite de cela, le secrétaire d’État du ministère de la Culture, G. Pirumov, et le chef du département des investissements, B. Mazo, ont été arrêtés. V. Medinsky lui-même aurait ignoré les activités criminelles de son adjoint. Bien sûr, peu de gens le croyaient, mais même le FSB n’a pas pu le tenir responsable.

Et ce n’est qu’une apparence, et cela a été évoqué officiellement. Une recherche plus approfondie dans les médias révèle de nombreux autres exemples d’actions similaires de V. Medinsky, notamment des pots-de-vin et des commissions occultes pour l’organisation de divers événements de masse, ainsi que le « sous-traitement » de bâtiments d’institutions culturelles au profit de structures commerciales et criminelles. De plus, il existe des éléments concernant son implication dans le trafic de drogue. Et tout cela n’a donné lieu à aucune sanction, aucune responsabilité d’aucune sorte. Pas même de condamnation pour de tels actes, du moins ouvertement. Et comment pourrait-il en être autrement, alors qu’il a un mécène de haut rang qui n’abandonne pas les siens à la merci du destin tant qu’ils sont utiles. Parallèlement, comme dans le cas d’autres responsables russes, les activités illégales de V. Medinsky confèrent aux « puissant  de puissants » les leviers d’influence sur leurs subordonnés. Par conséquent, malgré tous ses efforts, V. Medinsky ne pourra ni s’opposer au président ni enfreindre ses instructions. Il s’agit pourtant d’une pratique courante qui concerne tout le monde en Russie.

Ainsi, V. Medinsky répond pleinement aux critères de V. Poutine pour diriger la délégation russe aux négociations avec l’Ukraine. Voici les principaux : il est subordonné à V. Poutine ; il incarne ses idées sur « l’unité » des Ukrainiens et des Russes ; il possède une expérience de la propagande et des activités politiques ; il donne l’impression d’être une personne instruite et influente, dotée d’une pensée démocratique et occidentale (bien que ce ne soit pas du tout le cas).

Par conséquent, le comportement de V. Medinsky lors des négociations, ainsi que tous ses discours et déclarations, reflètent les objectifs et la position de V. Poutine, qui prévoient le report des négociations et l’imitation de leur comportement face aux États-Unis afin d’éviter les sanctions. Parallèlement, une pression morale et psychologique est exercée sur l’Ukraine, exigeant sa capitulation.

Par ailleurs, les activités illégales de V. Medinsky qui pourraient se poursuivre, discréditent non seulement lui, mais aussi ceux qu’il représente. Cela affaiblit les positions de négociation de la Russie dont l’Ukraine et ses partenaires occidentaux peuvent tirer profit.

Oleg Galan,
Institut de Politique Globale

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